Biographie
Aurélien Scholl naît le 14 juillet 1833 à Bordeaux. Sa vocation se manifeste très vite : à l’âge de 15 ans, il publie déjà des feuilletons dans L’Echo Rochelais, en vers et à tendance socialiste.
Le journaliste
En 1851, il s’installe à Paris. A partir de ce moment là, il écrit dans une multitude de journaux à la vie éphémère : d’abord Le Corsaire, qui est supprimé après le coup d’état du 2 décembre 1851. Puis des nouvelles dans La Naïade, mais ce journal disparaît aussi.
Au sein de L’Eclair, il collabore avec les frères Goncourt qui gardent pour lui une grande estime. Jusqu’alors, il n’a jamais été payé pour ses articles : le jeune Aurélien n’ose pas réclamer son dû. C’est au sein du Paris qu’il touche son premier salaire, mais comme les précédents, ce journal disparaît assez rapidement. Une autre rencontre importante est celle d’Alexandre Dumas qui l’emploie dans Le Mousquetaire.
Il faut comprendre cette effervescence de la presse dans le contexte particulier du 19ème siècle et des va-et-vient entre censure et liberté de la presse. De plus, à partir de 1848, il y a un très fort développement du journalisme sous la poussée d’écrivains comme Victor Hugo.
En 1854, Schöll crée son premier journal, Le Satan qui ne dure que 28 numéros. Cela ne l’empêche pas de collaborer à diverses autres publications et son nom commence à être connu du Tout-Paris. Fort de son expérience, de ses relations et de sa notoriété grandissante, il devient nouvelliste au Figaro en 1857. Il s’impose comme satiriste et sa plume ne lui attire plus uniquement l’attention du public mais aussi de plus en plus d’ennemis. Il ne s’en inquiète pas, bien au contraire et pourfend de plus belle les ridicules de la société bourgeoise de son temps. « Quand ils seront cent mille, je me mettrai à leur tête » déclare t il vaillamment tout en se distrayant des duels que lui valent ses écrits.
C’est ainsi qu’il finit par représenter un gage de réussite pour les journaux qui l’emploient. Par exemple, la revue Paris au jour le jour qui fut d’abord un échec devint un succès lorsqu’elle fut confiée à Schöll sous la forme d’une chronique.
Il crée d’autres journaux, cédant lui aussi à cette période de frénésie de la presse. En 1863, il fonde Le Nain jaune, qui reste l’une de ses publications les plus célèbres. En cette période de profondes mutations dans la profession journalistique, il reste de « la vieille école » et ne cache pas son mépris pour le journalisme moderne qui émerge avec ses investigateurs et reporters.
L’écrivain et homme de théâtre
En parallèle de ses activités journalistiques, Aurélien Schöll écrit un nombre important de recueils de nouvelles, poèmes et de pièces de théâtre (comédies en un acte). L’un de ses poèmes les plus connu est Denise, dont l’héroïne est une petite bonne vivant à Paris. Les titres sont évocateurs : Les amours de cinq minutes, Paris en caleçon, L’orgie parisienne ou encore Les ingénues de Paris ou On demande une femme honnête.
De manière plus générale, l’adultère, la religion et la débauche sont des thèmes de prédilection dans l’œuvre d’Aurélien Scholl même si ce ne sont pas les seuls. Il s’attaque en fait à tous les travers et les ridicules de la société de son temps.
Face à sa production littéraire, Emile Zola l’a qualifié de « bourgeois dévoyé qui peut avoir l’esprit du mot mais certainement pas la haute et libre allure de l’intelligence », jugement que Schöll ne pardonne jamais. C’est à partir de cette critique qu’il noie Zola, et par extension l’école naturaliste sous les sarcasmes. La nouvelle intitulée « Les deux noces » en est un exemple parfaitement clair en mettant en avant une description très fortement appuyée de la crasse et de la bestialité humaine telle que l’évoque le roman naturaliste.
La gloire et l’oubli
A l’apogée de sa célébrité, Aurélien Schöll reçoit les louanges de grands noms de la littérature. Les Goncourt notamment, pourtant réputés extrêmement critiques, l’ont qualifié de « verveux, drôlatique, absolument spirituel ».
Sur la fin de sa vie, Paul Verlaine lui envoie le sonnet suivant :
« A seize ans, l’âge du bachot épouvantable
D’antan, et du bachot bizarre d’aujourd’hui,
Comme nous nous passions Denise sous la table,
En nous disant tout bas : « lis, mon bon, c’est de Lui ! »
A l’escrime, le seul de nos maîtres sortable,
Robert, nous démontrait quelque coup inouï
D’audace magnifique ou de ruse admirable
Et nous clamions à plein gosier : « Ca c’est de lui ! »
Lui, c’est vous. Et depuis, par la vie où le lucre
Ou le rêve vont nous usant, qu’on aime donc
Votre amère sagesse et l’esprit qui la sucre
Et la sale et la poivre, et, souples – tel le jonc
Qui vous fut coutumier au dam de telles faces
Et tels dos – vos mots pleins de grâces et d’audaces ! »
Ces quelques exemples suffisent à montrer l’impact d’Aurélien Schöll sur le panorama littéraire et médiatique de son temps. Pourtant, malgré cet impact et l’ampleur des écrits qu’il laisse derrière lui, il meurt quasiment oublié en 1902.
15:17 Publié dans 02 Présentation de l'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : aurélien scholl